Une nouvelle saison de la série Ligue 1 démarrera ce vendredi. Ce sera sans moi, cette fois. Sans regret. Je me contenterai peut-être même d’un visionnage en différé.
Loin de laisser tomber l’OM, ce que je n’ai pas fait lorsqu’il est tombé sportivement en deuxième division en 1980, ni lorsqu’il y a été relégué administrativement, et pour deux saisons, par la Ligue de l’autre faux-cul de Le Graët après VA-OM, je n’ai surtout pas envie de cautionner, par mon abonnement et mon argent, la politique de son actionnaire majoritaire.
C’est une différence essentielle : je ne tourne pas le dos à l’OM. Je refuse de valider ce que son propriétaire en fait.
À ceux qui me disent que l’Américain a déjà beaucoup dépensé et mérite, pour cela, notre reconnaissance et surtout notre indulgence, je répondrai qu’il a lui-même validé les choix qui ont conduit à la situation actuelle. Il a donc aussi validé les dépenses qu’il reproche aujourd’hui à Longoria, comme me le faisait remarquer l’autre jour Idriss, grand suiveur de l’OM. McCourt ne peut pas à la fois avoir donné son feu vert à une politique de recrutement et venir ensuite en dénoncer les conséquences. Longoria porte sa part de responsabilité, évidemment. Mais cet échec est aussi celui de son propriétaire.
Et l’argent qu’il a dépensé n’est pas notre problème.
On nous demande pourtant de considérer cet argent comme une sorte de dette morale qui nous imposerait aujourd’hui de lui être reconnaissants et indulgents. Mais McCourt n’est pas un mécène qui aurait fait don de sa fortune à l’OM. C’est un propriétaire qui a fait des choix d’investissement, certains bons, d’autres désastreux, et qui doit aujourd’hui en assumer les conséquences.
D’autant que les ressources financières existent lorsqu’il s’agit de financer d’autres projets. Il a ainsi trouvé les moyens de financer un circuit de compétition équestre. Il ne s’agit évidemment pas de dire que l’argent consacré à ce projet aurait mécaniquement dû être versé à l’OM. Il s’agit de constater qu’il y a des choix et des priorités d’investissement.
Et il n’a manifestement pas arbitré en faveur d’un club suivi par des millions de personnes et qui, pour reprendre les mots du grand Henri-Frédéric Blanc, fait « la fierté de la civilisation marseillaise ».
Il ne viendra à l’esprit de personne de critiquer Génésio, nouvel entraîneur olympien, pour avoir accepté de venir malgré sa connaissance de la situation. Il faut même saluer son courage. Nous entendons cependant qu’il n’imaginait pas à quel point cette situation se révélerait limitée, voire catastrophique.
Car comment projeter une saison positive et fructueuse avec un effectif dont tous les joueurs sont à vendre ? Comment construire une équipe ambitieuse quand les futures recrues devront composer avec des contraintes salariales qui n’ont guère cours dans les équipes du standing auquel l’OM est en droit de prétendre ?
Et comment faire semblant que tout va bien en reprenant un abonnement en Ganay, ou Jean-Bouin, devenu du même coup bien cher, en obligeant de surcroît ceux qui s’en acquitteraient à prendre en plus le pack Europa League ?
Nous serions apparemment plus de 9 000 à avoir dit stop.
Ce chiffre, au-delà de sa dimension comptable, dit quelque chose. Le supporter n’est pas seulement un consommateur à qui l’on demande de payer toujours davantage. Il est aussi celui qui peut décider de ne plus cautionner. Et tant pis si des fans en recherche seulement de spectacle et d’immersion peuvent ponctuellement nous remplacer comme pour la réception de Strasbourg.
Le club, l’entraîneur et son staff, les joueurs et les supporters, à l’exception du peuple desvirages, se retrouvent ainsi dans une situation impossible.
Bien sûr que je souhaite le meilleur à l’OM pour l’exercice qui commence. Bien sûr que je serai heureux de chaque victoire. Mais je ne peux, en posant sur la table les paramètres de cette saison, qu’envisager une saison noire.
Et si elle devait le devenir, McCourt sentirait très vite le vent du boulet malgré la distance qui le sépare de Marseille.
Il est temps de lui dire clairement qu’il faut passer la main, et vite.
Il a fait trop de mauvais choix avec ce club et avec son argent. Il a validé une politique dont il ne peut aujourd’hui se défausser sur ceux auxquels il en avait confié l’exécution.
Qu’il vende. Qu’il assume ses pertes. Et qu’il fasse enfin la place à de nouveaux investisseurs, de préférence autres que des fonds de pension.
Une victoire ce soir contre Strasbourg ne changerait rien à l’histoire. Trois points ne suffiraient pas à éloigner cet OM du gouffre au bord duquel il se trouve.
Mais ce gouffre n’est pas celui de l’OM lui-même.
L’OM, lui, était là avant McCourt. Il sera là après lui. Les propriétaires passent, les dirigeants passent, les joueurs passent. Le maillot demeure. Le Vélodrome demeure. Marseille demeure.
Et moi aussi.
Vive le grand Roger Magnusson !